
Ibrahima, 35 ans, vivait avec ses neuf frères et sœurs à 600 km de la capitale, en Guinée forestière. Son père commerçant était engagé en politique. Après sa mort, la vie de la famille devient compliquée, et à quatorze ans, Ibrahima quitte l’école et part à Conakry. Il travaille comme carreleur, et, bon sang ne saurait mentir, il milite dans un parti d’opposition au régime. Des intimidations, puis des menaces de mort se soldent par son arrestation. A sa sortie de prison il y a huit ans, Ibrahima commence un périple qui le mène du Mali au Burkina Faso, du Niger à la Libye d’où il rejoint l’Italie par la mer, et enfin la France.
Une arrivée en France compliquée
De Nice où il débarque en 2018, il rejoint Paris où il ne connaît personne. Au début, Ibrahima vit dehors, puis un compatriote l’héberge. Lorsqu’il retrouve une Ivoirienne avec qui il avait eu une relation en Guinée, il apprend qu’il est père. Il reconnaît l’enfant, une petite Aïcha qui a maintenant 10 ans. Il n’était pas certain de rester en France car tout lui semblait trop compliqué, mais il décide finalement de demander l’asile pour rester près de sa fille. Reconnaître Aïcha, qui bénéficiait de la protection de la France lui aurait permis, lui aussi, d’être protégé. Mais il préfère demander son propre asile : il écrit son histoire pour l’OFPRA1, aidé par son hébergeur, car il n’est pas allé longtemps à l’école. Sa demande est rejetée. Au bout de dix mois, il présente un recours devant la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile), et obtient son titre de séjour.
Premier objectif : la formation
Ibrahima passe des tests à l’OFII2, et il est accepté à « Prépa compétence » où il suit une formation de carreleur-plaquiste. Très vite, il reçoit des propositions de travail. Son objectif est d’obtenir un logement à lui ; il lui faut des revenus réguliers. Malheureusement, son employeur ne le paye pas pendant plusieurs mois. Il bénéficie finalement d’un licenciement économique, puis les emplois se succèdent, mais le travail reste chaotique, entre des collègues qui le traitent mal et des patrons qui ne déclarent pas toutes ses heures.
La rencontre avec Tandem
Le sentiment répété d’être exploité et les difficultés à s’intégrer lui font perdre pied. Il consulte une psychologue qui le guide vers Tandem : « Mon accompagnatrice, Claudine, m’a encouragé à passer mon permis de conduire. C’était très dur, mais des Français aussi ont du mal à l’avoir ; je l’ai eu la troisième fois ».
Ibrahima trouve une colocation à Creil, mais il rentre du travail tous les soirs à 22h. Il a ensuite un logement provisoire à Montrouge, plus proche de sa fille. Tandem l’aide à constituer son dossier pour le DALO (Droit au Logement Opposable), et il obtient un logement social : « Quelle victoire ! Avoir un chez soi, c’est retrouver de l’intimité, pouvoir enfin accueillir ma fille dans des conditions dignes ». Il redit le soutien constant de Claudine : « Elle fait attention à moi, elle m’appelle pour me donner du courage, me dire de continuer à me battre, m’aider dans mes démarches…car moi tout seul, je réfléchis trop ! ». C’est Anne qui l’aide pour le français à l’écrit.
Valider ses acquis
L’Afpa3 ouvre la possibilité de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) qui atteste des compétences développées pendant deux ans en entreprise, avec possibilité d’accéder à un BTS ou un DUT. Le parcours comprend cinq tests. Ibrahima réussit le premier test, et son patron accepte de le financer. Mais comme son accompagnateur de l’Afpa est en arrêt de travail, et que l’entreprise a rencontré des difficultés, le processus est interrompu. Ibrahima ne baisse pas les bras. Dans la foulée, il crée son autoentreprise, même si rien n’est simple depuis. Il va recevoir les conseils d’un comptable pour régler les problèmes administratifs : « Mon but, c’est d’être à mon compte, de créer ma propre boîte dans le bâtiment ». En attendant, il vient de commencer une période d’essai, toute expérience étant profitable.
Des projets plein la tête
Ibrahima saisit toutes les occasions offertes par Tandem : pique-niques, cafés Tandem, atelier théâtre avec Aïcha, qui adore cette activité : « Avant de connaître Tandem, j’étais perdu. C’est la première fois que je suis aidé comme ça ! Pouvoir parler, même s’il n’y a pas de solution, ça me donne du courage ».
Lors d’un séjour au Sénégal il y a trois ans, il s’est marié religieusement avec une infirmière, avec qui il a une fille de deux ans. La légalisation du mariage est en cours. Pour l’instant, il a le bonheur de s’occuper tous les week-ends d’Aïcha. « Avoir un vrai foyer, voilà mon rêve ». Ibrahima attend de pouvoir réunir sa famille, son épouse et sa deuxième fille. Les démarches seront difficiles, mais il saura faire preuve de vaillance !
Témoignage recueilli par Anne-Marie
1 OFPRA : Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides
2 OFII : Office Français de l’Immigration et de l’Intégration
3 Afpa : Association pour la formation professionnelle des adultes

