
Photo – Thomas Pesquet : vue sur la Terre
Tandem a lancé en 2024 un nouveau programme : le mentorat pour des jeunes dont les parents ont été accompagnés par l’association. Il s’agit de conseiller et d’aider des élèves en fin de collège ou au lycée dans leur choix d’orientation scolaire.
En effet, il est difficile de s’orienter dans le labyrinthe des options – pensons à Parcours Sup – a fortiori pour des parents nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas toujours la langue et n’ont pas de relations vers qui se tourner pour se repérer. Le mentorat consiste aussi à donner confiance au mentoré, à le suivre et le guider au mieux pour trouver le chemin de ses rêves et de ses possibilités.
Le rêve de devenir astronaute
Le chemin de ses rêves ? Alpha Amadou en a un depuis qu’il est tout petit : devenir astronaute. C’est ambitieux et ça n’est pas une mince affaire ! Les candidats sont nombreux, les élus sont rares. 10 astronautes français seulement ont volé dans l’espace dont Claudie Haigneré, première femme française, et Thomas Pesquet. 22 000 candidats se sont inscrits à la dernière sélection de l’Agence spatiale européenne en 2025 ; 16 ont été retenus.
Alpha Amadou est l’aîné de quatre enfants. Il est né en Guinée où il a été scolarisé en langue française en primaire dans le village où habitaient ses parents, puis à Conakry ; il est arrivé en France avec son papa en 2021, sa maman était là depuis 2019. Il entre alors en 6e dans le Val-de-Marne.
Que ressent-il à son arrivée en France ? « Je me suis senti en sécurité, dit-il, je pense que c’est une belle opportunité pour faire des études et réussir ma vie ».
Ce qui l’a le plus étonné, c’est la propreté des espaces publics, la multiplicité des espaces verts et les innombrables stades où l’on joue au foot ; il adore le foot, fait partie du Racing club de Joinville ; il y jouait déjà en Guinée où l’on joue surtout dans la rue. Il a aussi été marqué par l’attitude respectueuse des gens. Néanmoins, au début de son séjour en France, il est l’objet de moqueries à propos de ses origines et de sa façon de parler.
Comment lui est venue l’idée de devenir astronaute ? Tout petit, à l’âge de cinq-six ans, il aime les fusées et tout ce qui va dans l’espace. Il raconte qu’un soir en Guinée il n’y avait pas d’électricité ; il est sorti dehors, c’était la pleine lune ; il a regardé la lune, ébloui par sa lumière. « Ça éclairait tout », se souvient-il. Ce soir-là il s’est dit qu’il irait bien sur la lune, et c’est ainsi qu’est née sa vocation.
Depuis, lorsque ses profs l’interrogent sur ce qu’il veut faire plus tard, il répond invariablement : « aller dans l’espace, ou construire des fusées, imaginer des robots ». A minima, être ingénieur dans l’aérospatiale.
Travailler dur et persévérer
Il visera d’abord une école d’ingénieur, et c’est sur cette voie, depuis sa 3e, qu’il est accompagné par Tandem. Il avait de très bonnes notes au collège, excellentes dans les matières scientifiques avec 15 ou 16 de moyenne ; il avait même obtenu 19 en mathématiques et 16 en physique en 4e !
Quelques rendez-vous à l’Espace jeunes à Paris lui ont permis de faire connaissance et de parler de ses souhaits. Plusieurs échanges par WhatsApp ont rythmé son année de 3e jusqu’à la formulation du choix de deux lycées pour la 2de, les meilleurs du secteur dont le lycée d’Arsonval à Saint-Maur où il a été admis. Alpha Amadou a déjà choisi cette année l’option sciences de l’ingénieur. Dans cette discipline, il aime beaucoup faire des modélisations en 3D de drones, de robots ou de fusées. En 1re, si tout va bien, il prendra comme spécialités maths, physique et sciences de l’ingénieur. Dans le cadre du mentorat, il a pu échanger avec Sabrina Andiappane, une jeune et talentueuse ingénieure dans le spatial qui a travaillé dix ans chez Thalès, notamment pour concevoir et envoyer des robots qui font le ménage dans l’espace. Elle dirige aujourd’hui une start-up sur des projets spatiaux. Elle lui a dit qu’il fallait travailler dur et persévérer à tout prix pour préparer l’entrée dans une école d’ingénieur. Les parents d’Alpha Amadou travaillent tous les deux ; ils le soutiennent, l’encouragent, suivent de très près ses résultats scolaires et feront tout pour qu’il réalise ses rêves. C’est une grande chance.
La première année de mentorat lui a permis d’avoir confiance en lui et l’a aidé dans les relations scolaires. La prochaine étape est de trouver un stage de quinze jours, prévu en juin prochain. Un stage pendant lequel il pourrait voir « pour de vrai » ce qu’on fait lorsqu’on travaille dans le spatial.
Marie-Agnès

