
Le 7 juin 2026, l’association Tandem Réfugiés a fêté ses dix ans d’existence, réunissant plus d’une centaine de personnes, réfugiés accompagnés et bénévoles accompagnateurs, pour une journée de retrouvailles joyeuse et conviviale.
Blandine Lebrun qui fut la première présidente de Tandem – fonction qu’elle exerça jusqu’en octobre 2025 – se souvient : « Mon expérience à la Cimade[1] m’avait fait prendre conscience des difficultés que rencontraient les demandeurs d’asile dans leurs démarches pour bénéficier de la protection internationale mais aussi, une fois qu’ils l’avaient obtenue, de leur absence de suivi social et des énormes difficultés qu’ils avaient à trouver leur place dans la société française. » Avec la complicité d’une amie, Marie-Astrid de Saint-Chamas, et de Vincent Lebrun, son mari, elle a l’idée de créer une association pour les personnes ayant reçu asile et protection. C’était en janvier 2016.
Des débuts tâtonnants
Catherine de Roffignac qui fut la première bénévole accompagnatrice, en dehors des fondateurs, témoigne : « J’avais travaillé avec plaisir pour une grande association pendant dix ans, mais le côté famille de Tandem Réfugiés et l’opportunité de contribuer à son développement m’a enthousiasmée. Nous avons découvert ensemble au cas par cas les problématiques des réfugiés, et avons créé des liens qui pour certains perdurent encore aujourd’hui. »
« Au départ, précise Blandine, il s’agissait juste d’accompagner quelques réfugiés que j’avais connus à la Cimade. Nous avons commencé à cinq ou six personnes. Nous étions opérationnels en termes de recherche d’emploi et à l’aise pour prendre contact avec les caisses d’allocations familiales ou différentes associations ou services de l’État. Mais nous ignorions tout du chemin administratif à parcourir par les réfugiés entre la décision de la France et l’obtention de leur carte de séjour [2], et très peu de choses sur le logement de personnes en précarité. Après l’accord de l’OFPRA, ceux-ci perdent leur allocation de demandeur d’asile et entrent dans une sorte de course qui s’apparente à de la survie : manger, se loger, trouver un logement et un emploi. » L’organisation initiale de l’association prévoit, pour chaque personne réfugiée pendant deux ans, un accompagnateur pour le suivi social et un parrain pour la découverte de la société française. L’idée du « tandem » – accompagnateur-réfugié – s’avère tout à fait adaptée au besoin immense d’intégration matérielle des personnes qui demandent de l’aide à Tandem, mais la mission de parrain ne remporte pas le même succès. Aller chez un Français peut être, plutôt qu’un moment de détente, un sujet de stress : absence de maîtrise de la langue, méconnaissance des codes sociaux… Même chose pour les sorties culturelles. « Peu à peu, raconte Blandine, les liens se sont tissés, certains se sont exprimés. Venus.es de l’Afrique francophone, du Soudan ou de Syrie, tous et toutes s’étonnaient que nous préférions les musées et le cinéma à la pratique de la musique et de la danse dans nos réunions festives familiales et amicales. »
La rencontre au cœur de Tandem Réfugiés
Au bout de deux ans, l’association décide de faire évoluer son organisation. Chaque réfugié fait un tandem avec un accompagnateur bénévole qui sera chargé à la fois du suivi social et de l’intégration à la culture et au mode de vie français. L’accompagnateur n’aura dorénavant qu’un ou deux réfugiés, ce qui favorisera une relation plus amicale, le temps de prendre un café à deux dans un bel endroit et de parler d’autres choses que des problèmes sociaux. On est en 2018, et l’association reçoit déjà une vingtaine de réfugiés accompagnés par une quinzaine de bénévoles. Elle lance les « Cafés Tandem » : les bénévoles et les personnes réfugiées se retrouvent régulièrement pour partager un verre dans un café de la capitale. Ces moments de convivialité sont un bon moyen pour les réfugiés de multiplier les contacts avec des Français bienveillants.
L’heure du développement
En 2019, le conseil d’administration travaille à un projet de développement qui permette à l’association de pérenniser son action. Même si celle-ci n’a pas vocation à grandir de façon exponentielle, cette décision exige une nouvelle organisation qui intègre à terme des salariés. Tandem doit donc trouver des financements pour ce projet. Et les soutiens arrivent : la Mairie de Paris d’abord, puis les fondations familiales, plus tard le Programme 104[3], l’Europe, les entreprises, ou encore des collectes à l’occasion d’événements sportifs.
En 2021, commence le recrutement de salariés avec des personnes ayant une véritable motivation, des compétences utiles à l’association et une maturité, indispensable à la mission d’accompagnement de personnes étrangères en situation de précarité. D’abord une responsable administrative, puis en 2022, une coordinatrice du groupe des bénévoles, puis une déléguée générale en janvier 2024. Du côté des bénévoles, trois équipes d’accompagnateurs sont créées qui se réunissent chaque semaine pour partager leur expérience. De nouvelles équipes bénévoles naissent également pour la recherche de fonds et la communication.
De nouvelles initiatives voient le jour
Plusieurs programmes destinés aux accompagnés sont créés en 2024 : « Citoyenneté et culture française » pour répondre aux questions de certains qui envisagent de demander la nationalité française ; « Mentorat jeunes » pour aider l’orientation scolaire des enfants de réfugiés. Plus récemment « Orientation et vie professionnelle » pour renforcer le soutien sur cette question, grâce à l’aide d’un ancien DRH, et des « cercles de paroles sur la parentalité en exil », deux programmes chèrement soutenus par le nouveau président, Louis Rougier, en exercice depuis un an. En parallèle, une vingtaine de témoignages de réfugiés accompagnés par Tandem au cours de ses dix ans d’histoire ont été regroupés dans un livret téléchargeable[4].
Toutes ces compétences et cette bonne volonté réunies ont permis la réussite de Tandem. Au cours de l’année 2025, 95 réfugiés ont été accompagnés, 94 % à leur sortie de Tandem ont trouvé un logement temporaire ou pérenne et, pour les accompagnés adultes, 94 % sont en emploi ou formation de longue durée, 87 % ont un médecin traitant.
En dix ans, près de 300 réfugiés et leur famille sont passés par Tandem. Une goutte d’eau face à la demande de réfugiés accueillis par la France. Mais, comme le colibri qui apporte la sienne pour éteindre l’incendie, Tandem fait sa part.
Marie-Claude
[1] La Cimade défend la dignité et les droits des personnes réfugiées et migrantes, quelles que soient leurs origines, leurs opinions politiques ou leurs convictions.
[2] L’OFPRA donne son accord, mais le permis de séjour est délivré par le ministère de l’Intérieur. Il faut donc aller dans les préfectures demander un permis de séjour provisoire, le temps que l’OFPRA valide l’état civil – ce qui peut être assez long – pour permettre aux préfectures de délivrer le titre de séjour.
[3] – Le programme 104 « intégration des étrangers primo-arrivants » vise à financer des actions d’accès à l’emploi, d’apprentissage de la langue française, d’appropriation des valeurs de la République et d’accès aux droits.
[4] – https://www.tandem-refugies.org/wp-content/uploads/2026/06/Temoins-dexil-livret.pdf

